Agriculture africaine : Ces paradoxes qui empêchent le développement et la compétitivité PDF Imprimer Envoyer
Écrit par walf-groupe.com   
Lundi, 06 Août 2012 17:17

Secteur clé de l’économie, l’agriculture africaine, malgré son Pib estimé à plus de 45 %, est caractérisée par un nombre de paradoxes qui empêchent son développement et sa compétitivité.  C’est un diagnostic sans complaisance de l’agriculture africaine que s’est attelé de faire, N’dri Konan Léon de l’Organisation Alliance for a green révolution (Agra). Venu représenter son organisation qui a accordé, hier, à la Conférence des institutions d’enseignement et de recherche économiques et de gestion en Afrique (Ciera), une subvention d’1 milliard 566 500 000 francs Cfa pour la formation de 120 masters en économie agricole, N’Dri Konan Léon a évoqué les paradoxes qui empêchent à l’agriculture africaine de se développer et d’être compétitive. Le premier paradoxe est l’importance des variétés ou des semences améliorées. Selon lui, malheureusement, l’adoption des nouvelles variétés en Afrique de l’Ouest continue d’être très faible comparée à celle des pays développés. «A la base de ce paradoxe, se trouve une combinaison de problèmes et difficultés institutionnels politiques et techniques qui continuent de violer la demande de l’offre des variétés améliorées en Afrique», a-t-il fait savoir. Par exemple, souligne-t-il, les procédures de diffusion de variétés dans la plupart des pays prennent en moyenne six ans entre la demande et la diffusion.

Le deuxième paradoxe réside dans l’utilisation des engrais qui permet d’accroître la productivité. Mais, comme le déplore N’Dri Konan, «l’usage d’engrais en Afrique est le plus faible au monde». En moyenne, dit-il, 8 kg par hectare sont utilisés contre 96 kg par hectare dans les pays de l’Asie du Sud Est et 145 kg dans les pays développés. Selon lui, contrairement à ce que disent les environnementalistes, l’utilisation des engrais  ne contribue pas à la dégradation des sols. En Afrique malheureusement, c’est la faible utilisation de l’engrais qui contribue plutôt à la dégradation des sols. Il a, en outre évoqué l’accès au marché qui est une motivation pour la productivité. Malheureusement, fait-il remarquer, ce marché demeure problématique car il n’est pas développé et accroît par la même occasion les difficultés des paysans à avoir accès aux semences améliorées, aux engrais et aux intrants agricoles. A l’en croire, au niveau mondiale, l’Afrique représente seulement 2 % du commerce mondial et beaucoup de pays dépendent en grande partie de l’exportation des matières premières dont les prix ne cessent de baisser à cause de la crise.

L’accès au financement fait aussi partie des paradoxes avec moins de 3 % des prêts des banques commerciales qui sont affectés à l’agriculture. «Avec le non accès aux finances, les paysans ne pourront pas investir dans les nouvelles technologies en particulier dans les semences améliorées et dans les engrais», a-t-il déploré. Non sans ajouter que, sur le plan mondial, l’agriculture africaine est celle qui reçoit le moins de subventions. Au Japon par exemple, le paysan reçoit 915 dollars par hectare, en France 583 dollars par hectare, au Kenya 1 dollar par hectare et au Ghana 4 dollars. Ce qui lui fait dire que cela ne peut pas rendre compétitives nos exportations ou produits. Et que les systèmes de subvention existants ont montré leurs limites. Il y a aussi le foncier et le droit à la propriété. Selon lui, l’agriculture commence par la terre mais son accès continu à être débattu dans la plupart des pays africains. «Si tel est le cas, où allons-nous produire  et sur quoi ?», se demande-t-il. L’environnement et les changements climatiques ont fini par provoquer soit la sécheresse soit les inondations. N’dri Konan Léon a aussi évoqué la volonté politique des Etats qui, selon lui, crient haut et fort que l’agriculture est le fer de lance de notre économie. Pourtant, fait-il remarquer, «les budgets alloués à l’agriculture ne cessent de baisser».

 

Charles Malick SARR

Source: walf-groupe.com